Pour être promu, mieux vaut être bien vu…

Pour être promu, mieux vaut être bien vu…

Comme de coutume dans une Administration où les réformes et les réorganisations se suivent sans cohérence, les règles relatives à l’avancement au grade d’ASE ont encore changé !

Jusqu’en 2012 un régime dérogatoire consécutif à la cartographie des postes avait permis d’aboutir à une règle lisible : les agents de maîtrise promouvables occupant depuis deux  ans un poste d’ASE au 1er janvier de l’année de la CAP pouvaient être promus au grade d’ASE.

Cette règle répondait à un besoin, celui de régulariser la situation de collègues occupant les postes d’ASE identifiés dans le cadre de la cartographie opérée ces dernières années. Le RPP plus favorable annoncé pour les trois années à venir devrait donc permettre de poursuivre dans ce sens tout en ouvrant la porte à d’autres types de promotions.

Ainsi, à partir de 2013, de nouvelles règles entrent en vigueur pour permettre de promouvoir des agents de maîtrise autrement que sur le seul critère de fonctionnalité du poste occupé, et nous en sommes les premiers satisfaits.

Cependant, les récentes discussions entre notre Syndicat et l’Administration, en vue de la prochaine CAP d’avancement, ont de quoi inquiéter. En effet, dans certaines directions aucune réunion préparatoire avec les organisations syndicales n’a été programmée, et dans les autres ce sont des listes déjà validées qui ont été présentées. L‘analyse de ces listes fait apparaître de nouveaux critères, nécessaires pour le choix des promus, mais malgré tout arbitraires. Pour comprendre cette situation il faut situer ces nouvelles règles dans un cadre plus global.

Le nombre de promotions est réparti entre les Directions en fonction de critères RH qui reflètent le besoin spécifique de chacune, et notamment le nombre d’agents promouvables et le nombre d’agents occupant des postes d’ASE. Ce nombre de promotions est ensuite réparti entre, d’une part les agents promouvables occupant un poste d’ASE, et d’autre part les agents promouvables occupant un poste d’AM. On aboutit ainsi à deux listes d’agents promouvables par Direction, et c’est à ce moment qu’interviennent les critères mis en avant par l’Administration pour justifier ses choix : l’ancienneté dans le grade, le parcours de l’agent, la manière de servir, et la date de départ en retraite. Si certains de ces critères sont indiscutables dans la mesure où ils n’appellent aucun jugement, d’autres laissent une place trop importante à la subjectivité et c’est la principale raison de notre inquiétude. En effet, compte tenu de l’introduction de ces critères subjectifs, et compte de tenu de la variabilité qui existe dans la rédaction et dans la transmission d’une manière de servir, tous les agents auront-ils désormais les mêmes chances de prétendre à une promotion ? De plus comment évaluer la pertinence de promotions accordées au titre du départ en retraite, sans définir au préalable des critères précis pour qu’elles aient du sens.

 
Par ailleurs, ce changement de règles, suppose une répartition entre « promotions fonctionnelles » et « promotions non-fonctionnelles » qui est censée tenir compte du besoin réel, c'est-à-dire du nombre d’agents occupant un poste d’ASE. Cependant rien ne le garantit, alors que ce besoin continuera d’exister. En effet, l’identification de nouveaux postes d’ASE, et le turn-over sur les postes d’ASE, amèneront chaque année de nouveaux candidats à la promotion au titre de la fonctionnalité du poste. Dans ce contexte qu’adviendra-t-il des agents qui ont fait ou qui feront le choix de prendre un poste d’ASE ? S’ils pouvaient jusque-là espérer une promotion dans un délai clair et défini, ils seront désormais tributaires de la part affectée aux « promotions fonctionnelles », et seront dépendants des nouveaux critères subjectifs d’appréciation de leur manière de servir et de leur parcours. De plus, qu’adviendra-t-il des AM promus sur des postes d’AM, devront-ils se trouver un poste d’ASE ? Réciproquement qu’adviendra-t-il des AM occupant un poste d’ASE, devront-ils céder la place à leurs collègues promus ?

La création de ces zones d’ombre ne sera pas sans conséquences car elle permettra à l’Administration de justifier toutes les incohérences que nous pourrions pointer dans ses choix en regard de critères objectifs. Ainsi pour 2013, de nombreuses erreurs dans la cartographie des postes, dont nous demandons la correction depuis septembre 2012, ont conduit à de véritables aberrations dans le choix des promus, sans que cela ne soit en contradiction avec les nouvelles règles.

En conclusion, dans l’attente d’un ratio à 100% qui apparaît plus que jamais comme la solution la plus juste, il faudra vivre avec ces nouvelles règles particulièrement injustes. Et dans ce contexte  pour être promu, mieux vaut être bien vu !

Dans ces conditions nous n’avons donc plus de recours pour discuter de cas individuels sans remettre en question le système dans son ensemble, car cela reviendrait à juger la valeur professionnelle des agents et ce n’est pas notre rôle. Nous serons donc les premiers à féliciter les prochains promus au grade d’ASE et nous refusons d’évaluer leurs qualités professionnelles pour justifier ou non leur avancement. Nous dénonçons en revanche un système qui favorise une opacité grandissante dans les règles d’avancement, et qui ouvre dangereusement la porte à la méritocratie ! Une fois de plus l’Administration fait le choix d’un système qui favorise une mise en concurrence contre-productive des effectifs de maîtrise, et qui installera un climat délétère là où l’intérêt du service est au contraire de rechercher la solidarité et l’esprit d’équipe.

 

Mis en ligne le 22 mars 2013  |  Dernière mise a jour 26 mars 2013